Libération 20 11 2006

Publié le par Collectif contre la statue de JP2 à Ploermel

 
Société
Ploërmel ne croit pas au pape
Colère, défilé et recours administratif contre le projet d'édification d'une statue de Jean Paul II, décidé par le maire de la ville bretonne.
Par Pierre-Henri ALLAIN
QUOTIDIEN : lundi 20 novembre 2006
Ploërmel envoyé spécial
     
 
«C 'est grotesque», «c'est n'importe quoi». Voilà des mots que l'on pouvait entendre samedi à Ploërmel, bourgade du centre Bretagne, où près de 600 personnes ont manifesté pour protester contre l'érection d'une statue géante du pape Jean Paul II dans la ville. «On n'a rien contre la religion catholique, précisait un retraité venu de Vannes. C'est le fait d'ériger un symbole religieux sur une place publique, qui plus est, avec de l'argent public, qui est intolérable. Si la statue est un cadeau qu'on a fait au maire, qu'il la mette dans son jardin !» 
L'objet du litige, un monumental ensemble de neuf mètres de haut représentant Jean Paul II sous une arche surmontée d'une croix, est le don très généreux du sculpteur russe Zurab Tsereteli, par ailleurs président de l'académie des beaux-arts de Russie et personnage bien en cour à Moscou, à son «ami» Paul Anselin, fantasque maire de Ploërmel et de ses 9 000 habitants.
«Je le connais depuis longtemps, indique l'édile qui évoquait à l'origine la contrepartie d'un mystérieux «service rendu». Mais c'est aussi un cadeau de la Russie à la France qui a été approuvé par le président Poutine et le patriarche de toutes les Russies, Alexis. Après avoir essuyé un refus de la communauté catholique des Frères lamennais de Ploërmel, Paul Anselin n'a pas hésité à aménager dans sa ville une place Jean Paul II où sera érigée la statue de bronze.
Les défenseurs de la laïcité, qui ont déposé un recours devant le tribunal administratif, s'appuyant sur la loi de 1905 de séparation de l'Eglise et de l'Etat, ne décolèrent pas. «La loi devrait être respectée partout et par tous, enrage Gaëlle Peguer, du collectif contre la statue. Notre combat ne devrait pas avoir lieu. Mais ça, c'est Ploërmel.» 
Le cadeau du sculpteur a beau être gratuit, il va générer aussi quelques frais. A commencer par le socle en béton recouvert de granit qui attend le monument. En septembre 2005, le conseil municipal avait voté, pour le socle et l'arche, un budget de 100 000 euros. Aujourd'hui, le maire de Ploërmel assure qu'il n'en coûtera pas plus de 8 000 euros à la collectivité. La différence sera consacrée à une autre sculpture, un lion ailé, qui doit prendre place près de l'hôtel de Ville.
Les cérémonies d'inauguration, prévues le 9 décembre, jour anniversaire de la loi de 1905 (pure coïncidence, jure Paul Anselin), devraient coûter la bagatelle de 30 000 euros. Le maire voit grand. Avec notamment la présence du représentant du Vatican en France Mgr Fortunato Baldelli, celles d'un pope, d'un pasteur protestant, d'un rabbin et d'un imam. Nicolas Sarkozy et Bernadette Chirac ont aussi été invités mais cette dernière a décliné la proposition.
Paul Anselin, autocrate de 75 ans, n'en est pas à sa première foucade. Il s'est distingué fin 2005 en faisant installer 32 caméras dans les rues de sa ville. Il en attend une trentaine d'autres. Cette fois, il a voulu rendre hommage à «un homme d'ouverture, un géant du XXe siècle». Mais il a déjà prévu une autre commande à son ami Tsereteli. Ce sera Charles de Gaulle.

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