L'humanité

Publié le par Collectif contre la statue de JP2 à Ploermel

société
A Ploërmel, la statue du pape sème la discorde

Laïcité.Une manifestation est organisée, samedi, contre le projet du maire (UMP) Paul Anselin, d’ériger un hommage monumental à Jean-Paul II.

L’affaire commence voilà plus d’un an, en septembre 2005, lorsque le maire (UMP) de Ploërmel, Paul Anselin, annonce son - intention d’ériger sur sa - commune une monumentale statue de Jean-Paul II, surplombée d’une arche et d’une gigantesque croix, le tout culminant à près de neuf mètres. L’oeuvre, au goût douteux, est un don du sculpteur russe d’origine géorgienne Zurab Tsereteli, vénérable président de l’académie des beaux-arts de Moscou et grand ami du maire de la ville, Iouri Loujkov. Loin d’avoir acquis une renommée mondiale, l’artiste a toutefois déjà sévi plusieurs fois dans la capitale russe : il est l’auteur de l’horrible hommage à Pierre le Grand qui trône non loin de l’hôtel Président, ou, plus récemment, d’une statue de Charles de Gaulle, inaugurée en grande pompe le 9 mai 2005 par Vladimir Poutine et Jacques Chirac en personne.

Du grand Est, à l’est du Morbihan, il n’y a semble-t-il qu’un pas que menace donc de franchir l’oeuvre de Zurab Tsereteli. Le colosse n’ira toutefois pas égayer les jardins de la Communauté des frères de Lamenais, qui ont poliment refusé ce trop encombrant présent. Il faut dire que la percée culturelle tentée par l’édile breton n’était pas sans arrière-pensées : Paul Anselin a l’ambition de faire de sa commune un point de passage obligé du tourisme religieux, marchant ainsi sur les plates-bandes de Sainte-Anne-d’Auray, « ville sanctuaire » de Bretagne et troisième lieu de pèlerinage en France. Sur la justification de ce volumineux cadeau, en revanche, le maire reste pour l’instant évasif, évoquant son « amitié » avec le sculpteur ainsi que des « services rendus ».

À Ploërmel en tout cas, on se mobilise contre cette érection sacrée, prévue le 9 décembre prochain, jour anniversaire de la loi de séparation des Églises et de l’État. « Cette date constitue une provocation de plus, soupire Gilles Kerouedan, du Collectif contre l’implantation sur un lieu public de la statue de Jean-Paul II, qui revendique une trentaine de membres - actifs. Après la diffusion d’une pétition, qui a recueilli quelque 600 signatures, l’association organise, samedi, à 15 heures, une manifestation devant la mairie, invitant tous les citoyens à venir rappeler leur appartenance à la République. « Nous attendons un millier de personnes, car l’opposition au projet est très forte, y compris dans les milieux catholiques », assure Gilles Kerouedan, également militant communiste.

Sur la place Jean-Paul II, à l’entrée nord de la ville, un socle de béton est pourtant déjà sorti de terre, qui attend son monument de bronze. Si la statue a été cédée à titre gracieux, l’ensemble des aménagements nécessaires à l’érection de l’oeuvre controversée a été évalué à pas moins de 100 000 euros, auxquels il faut ajouter 30 000 euros pour l’inauguration elle-même, pour laquelle le maire espère la présence de la première dame de France, la pieuse Bernadette Chirac. Une facture bien salée, pestent les opposants au projet, qui ont déposé un recours au tribunal administratif et obtenu une audience auprès du cabinet du préfet le 24 novembre prochain.

Même si la loi de 1905 - interdit bel et bien l’érection de symboles religieux sur l’espace public, la partie n’est pas gagnée, l’élu bénéficiant d’appuis très haut placés. Sarkozyste patenté, Paul Anselin a en effet obtenu, pour l’édification d’une deuxième statue, un lion ailé ( !), une généreuse subvention du... ministère de l’Intérieur. Rien de plus normal, justifie sur son site François Guéant, successeur désigné de Paul Anselin à la mairie de Ploërmel, mais aussi fils du directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy, Claude Guéant, et conseiller technique du ministre délégué aux Collectivités territoriales, Brice Hortefeux, bras droit du président de l’UMP.

Plus petite commune de France (environ 9 000 habitants) à avoir mis en place un système de vidéosurveillance, et désormais théâtre d’une - remise en cause de la loi de 1905, Ploërmel a aujourd’hui la fâcheuse impression d’être devenue une sorte de « laboratoire du sarkozysme ». Reste à savoir maintenant qui, de Dieu, du maire ou du ministre de l’Intérieur, sera derrière l’oeil de la caméra, le Big Brother de Ploërmel...

Alexandre Fache

Publié dans Articles de presse

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